2012, année de tous les dangers pour l’emploi dans le BTP ? par Régis de la CROIX-VAUBOIS

Rarement un début d’année n’a été marqué par autant d’incertitudes quant à la prévision des recrutements dans le secteur du BTP. L’année 2011 avait enregistré une reprise du marché de l’emploi dans le secteur du BTP même si des disparités existaient entre les différentes spécialités du secteur.

Ainsi, le secteur de la construction en bâtiment a connu une année faste, dynamisé par une pénurie chronique des profils notamment en travaux et en études de prix. Ce fut aussi le cas du secteur du génie civil, porté à la fois par le lancement de quelques très grands projets (notamment les LGV SEA et BPL), et par une activité soutenue notamment pour les ouvrages de génie civil liés au secteur hydraulique. En revanche, les travaux publics ont enregistré une année plutôt morose.

Côté bureau d’études et sociétés d’ingénierie, ceux-ci ont aussi été portés par le dynamisme de la construction et la pénurie de profils même si la petite taille de beaucoup d’acteurs les a incités à une grande prudence dans leurs recrutements. En revanche, des acteurs de la maitrise d’œuvre comme le contrôle technique construction a maintenu une forte demande jusqu’à l’automne.

La maitrise d’ouvrage et la promotion immobilière ont été très pénalisées par la crise de l’endettement qui est intervenue au cours de cette année 2011, et l’avait même anticipée par l’intermédiaire de leurs partenaires bancaires.

L’impact de cette crise s’est fait ressentir sur l’ensemble du secteur mais avec des effets variés et surtout de manière très différente que lors de la crise de 2008 – 2009 au cours de laquelle les recrutements s’étaient brutalement interrompus.

La première conséquence du ralentissement des recrutements suite à cette crise de mi-2011 s’est illustrée par la grande raréfaction de profils acceptant d’envisager une mobilité professionnelle et d’étudier des opportunités. La crise économique ainsi que les entretiens annuels de fin d’année se sont cumulés pour dissuader les profils d’envisager de bouger pendant cette période d’incertitudes. Du côté des entreprises, une grande prudence était de mise au cours du dernier trimestre de l’année 2011, mais la raréfaction des profils et des besoins toujours présents ont plutôt maintenu leurs demandes. Les processus de recrutement ont néanmoins connu un allongement de leur durée.

Le début de l’année 2012 est marqué par la reprise de la mobilité chez les candidats. Parallèlement, les besoins des entreprises sont à nouveau nombreux. Le marché est dopé aujourd’hui par les grands projets qui mobilisent les majors du secteur, libérant des marchés pour les intervenants de taille petite ou moyenne. Le logement social en neuf ou en réhabilitation enregistre toujours une forte demande autant parce que l’activité est soutenue que parce qu’il a du mal à retenir les profils et les attirer. Comme en bâtiment, la demande demeure forte dans les activités de génie civil, rattrapant ainsi un cycle passé un peu morose. Là encore, les grands projets mobilisent les énergies mais seulement sur le marché national, les demandes à l’international restant très modestes.

Les autres acteurs de la maitrise d’œuvre se montrent plus prudents. Toutefois, plus la compétence du profil est pointue ou génératrice de valeur ajoutée, plus la demande sera forte et soutenue.

La maitrise d’ouvrage demeure très prudente, et ne pâtit pas de la pénurie de profils qu’enregistrent les autres acteurs du secteur.

Les carnets de commande sont remplis pour l’année 2012 et l’avait été souvent bien avant la crise de la mi-2011. En revanche, une grande incertitude subsiste pour la fin de l’année et au-delà. Les échéances électorales importantes que connaitra la France au printemps renforcent cette mauvaise visibilité pour la suite, même si tous les principaux candidats semblent vouloir soutenir l’activité du secteur du BTP.

Mauvaise visibilité, incertitudes nationales et internationales, crise de l’endettement, prix de vente en baisse, l’ensemble de ces tendances incitent tous les acteurs à la prudence. Toutefois, la pénurie des profils techniques, managériaux et commerciaux, le manque de logements notamment sociaux, les grands projets en prévision (Grand Paris, canal Seine-Nord,…), l’impossible délocalisation des acteurs du secteur, la bonne santé des acteurs principaux du secteur permettent d’envisager que le BTP a les moyens de résister durablement à une crise de grande ampleur, ou de rebondir rapidement en cas de forte reprise de la croissance.

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Régis de la CROIX-VAUBOIS
Président du Cabinet R.C.V. Conseil

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